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Tout ce que l'on ne vous a pas dit sur le frelon asiatique



C'est l'évènement qui mobilise tous les médias !! La sortie d'hibernation du frelon asiatique entre dans tous les esprits. L'envahisseur DOIT être détruit, mais entre information et désinformation où se trouve la vérité ?



Vespa Velutina
Vespa Velutina

Voici ce qu'on essaye de nous faire croire dans les médias

En publiant un article pour éliminer cet "intrus", nous sommes entrés de plein fouet dans la mode du moment, en faisant confiance à nos instances publiques (voir l'article)


En effet, à la lecture de sites internet de certaines mairies du Bassin d'Arcachon, comme celle par exemple du Teich, ou même carrément du Conseil régional de la Gironde, sans oublier les innombrables articles de notre quotidien régional, relayé par certaines communes de Gironde distribuant gratuitement des pièges, il nous a semblé indispensable de tenir, aussi, nos lecteurs informés.


Quelle erreur de notre part de ne pas prendre toutes les informations et surtout les bonnes informations !


Nous tenons en premier lieu à nous excuser comme il se doit envers nos lecteurs, car notre ligne éditoriale n'est pas de faire le buzz, mais d'informer.

Nous ne resterons pas de marbre face à un mail reçu le lendemain de notre publication, comme peuvent le faire la plus part de nos confrères, et tenons à rétablir LA VÉRITÉ.



Tout ce que l'on ne vous a pas dit sur le frelon asiatique

Un commentaire qui ne nous laisse pas indifférent !

Quelques heures après la publication de notre article, nous recevons un mail à l'identité évocatrice :
"Vespa" du Muséum national d'Histoire Naturel.

Ce mail indique que notre action, comme celle de beaucoup trop de médias, produirait l'effet inverse au souhait escompté. Suite à de multiples recherches sur le web, nous remarquons que ce type de commentaire n'a pas été pris en compte sur les autres médias, malgré le signal d'alarme du MNHM.


Nous avons pris au sérieux les informations données par cet établissement français de recherche scientifique et de diffusion de la culture naturaliste, dont la réputation n'est plus à faire.


Quentin ROME, ingénieur au MNHM s'est prêté au jeu de l'interview

Je sais comment ça marche, effectivement je me doute que vous n'étiez pas au courant de tout. Il est difficile de juger quand on ne connait pas le sujet, donc de savoir où bien s'informer. Pour info, la préfecture de Gironde n'est pas pour le piégeage. Les seuls qui font cette campagne sont certains gdsa (surtout 33 avec le conseil général), quelques syndicats apicoles et quelques communes. Il est difficile pour nous de lutter, nous avons informé les préfectures, les ministères de l'agriculture et celui de l'environnement, et certains gros syndicats apicoles, et nous donnons des conférences régulièrement. Nous n'avons pas les moyens, ni le temps de contacter toutes les communes. De plus nos articles grand public ne sont que très rarement repris ou publiés et nos interviews coupées (pas assez alarmistes ni polémiques).

Pourriez-vous nous faire une rapide présentation du MNHN ?

Le Muséum National d'Histoire Naturelle est un organisme scientifique public tourné vers la recherche et la diffusion des connaissances. Je suis sûr que vous serez ravi de chercher plus d'information ici  .

Pourriez-vous vous présenter, indiquer votre activité, vos recherches ?

Je suis Quentin Rome, ingénieur d'étude sur le frelon asiatique (formations en écologie, éthologie et gestion du patrimoine naturel, naturaliste depuis toujours passionné par les Vespoidea (fourmis et guêpes)). 
Depuis 2007 je travaille quasi uniquement sur l'invasion de ce frelon. Ce projet de recherche comprends le MNHN, le CNRS, l'INRA et l'IRD et est financé actuellement par France AgriMer via le programme communautaire pour l'apiculture. 
Il comprends l'étude de la biologie de l'espèce (avant son arrivée on ne savait que la reconnaître et qu'elle mangeait des abeilles domestiques), c'est-à-dire son régime alimentaire, la structure de ses nids, sa reproduction, son impact sur l'environnement, ses potentialités d'expansion, sa structuration génétique, son origine géographique, les méthodes de lutte, les mécanismes de défense des abeilles et d'attaque des frelons 

Qui est donc ce fameux frelon asiatique ?

Son vrai nom est le frelon à pattes jaunes. Il y a 22 espèces de frelons asiatiques (même le frelon européens en est un). 
Son nom scientifique est Vespa velutina variété nigrithorax du Buysson, 1905. Cette variété est présente en Asie du Sud-Est, du nord de l'Inde à l'est de la Chine.

Comment le frelon asiatique est-il arrivé en France ?

Quelques reines hivernantes sont arrivées en France avant 2004 dans le Lot-et-Garonne ou Bordeaux par le commerce international. Probablement dans un conteneur de poteries pour bonsaïs en provenance de Chine.

Comment le reconnaitre ? où s'installe-t-il ?

Il est assez facile à reconnaître une fois qu'on l'a vu. Mais il y a de très nombreuses confusions (surtout dans les zones où il n'est pas encore présent). 
Je vais mettre prochainement à jour le site de l'INPN  avec toutes ces confusions. 
Ce frelon est plus petit que l'européen. 
Sa livrée a une dominante brun noir, la face et le 4e segment abdominal sont orangés tandis que les extrémités des pattes ainsi qu'un fin liseré sur les premiers segments de l'abdomen sont jaunes.

Ses nids sont très majoritairement situés à la cime des grands arbres, mais il peut parfois s'installer dans les habitations ou dans des haies ou ronciers. Ils sont presque toujours à l'air libre (à la différence du frelon d'Europe qui va loger dans des arbres creux ou des cheminées), en fibre de bois mâchées, volumineux (60 à 80 cm de diamètre pour 80 à 100cm de haut), sphérique ou en forme goutte, avec un petit trou de sortie latéral. 
Ils contiennent entre 1000 et 2000 insectes à partir du mois de septembre (cela n'augmente pas).

Est-il un danger pour l'environnement ? pour l'Homme ?

Son régime alimentaire étant très varié, l'impact sur l'environnement n'est pas encore bien défini, mais il y en a un c'est évident. Il nous faut encore le quantifier. 

Il y a également un impact sur les apiculteurs via l'affaiblissement voire la destruction de leurs ruches. Mais cette espèce n'est pas particulièrement agressive tant que l'on ne s'approche pas trop près de son nid. 

De plus ses nids sont majoritairement en haut des arbres, il y a donc peu de rencontre. 
Sa piqûre n'est pas plus dangereuse que celle d'une guêpe de chez nous, sauf pour les personnes allergiques (voir le rapport du CCTV disponible sur internet).

Est-il vrai qu'un petit nombre de frelons (5 à 6) sont capables de détruire une ruche ?

C'est faux. 
C'est le même genre d'affirmation que l'on trouve régulièrement que : "un frelon tue 2 abeilles toutes les 3 secondes".
 Comment 5 frelons pourraient tuer une ruche de plus de 20 000 ouvrières ? 

La réalité est que les frelons se relaient devant la ruches. Quand il y en a 5 à 6 en permanence devant une ruches c'est que la colonie est déjà très populeuse.

Combien de départements actuellement sont touchés par cette invasion ?

Actuellement il y a 32 départements touchés. 
Le front d'invasion va de la Vendée à l'Indre au Nord et de l'Indre au Gard à l'est. 
Il y a 3 spots éloignés du front en Côte-d'Or, Ille-et-Vilaine et Seine-Saint-Denis.

Les départements, les communes et les apiculteurs invitent les particuliers à fabriquer des pièges, qu'en pensez-vous ?

Il y en a plus qui insistent sur le fait qu'il ne faut pas piéger, mais l'info est peu reprise dans la presse. Ces personnes qui recommandent le piégeage des fondatrices sont en général mal renseignées. Nous n'arrivons pas, ou très peu, à être publié dans la presse grand public pour informer la population (pas assez alarmiste, ni polémique). 

Le piégeage des femelles fondatrices est inefficace. Ce piégeage ne permettra pas de limiter la prolifération des frelons asiatiques, la seule chose pour cela est de détruire proprement les nids de cette espèce, et uniquement de celle-là, le plus tôt possible. Il faut détruire les nids à la tombée de la nuit, puisque ce frelon ne volera pas, la colonie sera donc entièrement détruite. Il ne faut jamais laissé un nid en place avec de l’insecticide pour ne pas intoxiquer les oiseaux (puis le reste de la chaine alimentaire).

On voit souvent cette phrase : “une reine capturée c’est un nid en moins”, elle est totalement fausse.

Déjà une partie non négligeable des femelles fondatrices au printemps ne sont pas fécondées et ne fonderont donc pas de nid. De plus chez cette espèce, et la majorités des guêpes à nids populeux, entre 90 et 99% des “reines” mourront naturellement, essentiellement à cause de la compétition pour les sites de nidification. Donc toutes celles qui seront tuées ne feront que laisser la place aux autres. 
Il suffit de manquer quelques reines pour que l’invasion se fasse ; il n’y en a probablement eu que quelques unes qui sont arrivées en France de Chine et il y a aujourd’hui plusieurs milliers de nids sur 1/3 du territoire.

Les particuliers ne doivent pas fabriquer de pièges. Il n’y a, à ce jour, aucun piège sélectif pour le frelon asiatique (des études sont en cours à l’INRA). Ils vont attraper de très nombreux autres insectes que le frelon asiatique (parfois même des espèces protégées ou extrêmement rares ou présentent uniquement cette partie de l'année) et ceci même avec les trous de sortie (dans quel état vont sortir les insectes ? Combien de fois vont-ils rentrer ?). 
L’impact sur celles-ci pourra être très important alors qu’il ne l’est pas du tout pour le frelon. 

Ceci pourrait même favoriser l’installation du frelon puisque l’environnement va en être perturbé. 
Ce n’est donc pas un geste simple, citoyen et écologique, mais un geste inconscient, démesuré et inconsidéré
Il est hélas plus facile de se faire entendre quand on est alarmiste et qu’on dit avoir une solution même quand celle-ci n’en est pas une.

Certains innovent avec des pièges dit "sélectifs", qu'en pensez-vous ?

Réponse groupée avec la précédente. 

Les pièges conseillés (pas par nous), dit "sélectifs", n'ont en fait qu'une sélection physique des insectes, mais utilisent généralement un appât très généraliste (bière et liquide sucré par exemple). De nombreux insectes sont attrapés (entre 85 et 99% ne sont pas des frelons asiatiques), peuvent ou non ressortir, mais aucune de ces personnes qui conseillent ces pièges n'a vérifié le nombre d'entrées et sorties des espèces non cibles ainsi que leur survie. De nombreux insectes (surtout les papillons) vont avoir les ailes collées et ne pourront plus bien voler. Et quel est l'impact sur la survie d'un insecte de sa capture dans un piège transparent en plein soleil ? Il est probablement très grand, même s'il arrive à ressortir.

Actuellement, la seule solution que nous ayons en attendant la sortie d’un piège spécifique au frelon asiatique est la destruction des nids de frelons asiatiques, uniquement de cette espèce, le plus tôt possible et jusque fin novembre. 
Et pour limiter l’impact sur les ruchers, mettre en place un piégeage au niveau des ruchers, mais uniquement des ruchers et uniquement quand le rucher est attaqué par le frelon. L’appât reste encore à élaborer, mais le jus de cirier fermenté a l’air prometteur et va de nouveau être testé cette année (dans d'autres conditions). Ce piégeage n’a pour but que de faire diminuer la pression de prédation sur les ruches pour augmenter leur survie.

Dans notre région, en grande partie recouverte de forêts de pins, que pouvons-nous faire pour empêcher ce développement ?

Les frelons asiatiques paraissent peu installer leurs nids sur les pins et encore moins dans les forêts denses. 
La meilleure solution reste la destruction des nids (donc il faut les trouver) et pour les apiculteurs, l'utilisation d'un piège à sélection physique mais avec du jus de cirier fermenté comme appât, et ceci uniquement au niveau des ruchers attaqués.

Tout ce que l'on ne vous a pas dit sur le frelon asiatique

Faut-il utiliser un insecticide face à un nid ?

Il est rarement nécessaire d'utiliser un insecticide pour un nid accessible. Le trou d'ouverture est petit donc facilement bouché, puis le nid peut facilement être mis dans un sac pour être tué par congélation ou à la chaleur par exemple. 
Pour les nids difficilement accessibles, il peut être nécessaire d'utiliser une perche pour y injecter de l'insecticide. Mais le nid devra être descendu puis brûlé pour que les oiseaux ne viennent pas manger les insectes morts et s'intoxiquer. 
Mais pour toutes ces interventions, il faut faire appel à un désinsectiseur (qui sera équipé d'une combinaison anti-frelon) ou aux pompier si le nid présente un danger immédiat. 

Il ne faut jamais utiliser une bombe insecticide ! Cela ramollit l'enveloppe et les frelons vont pouvoir la déchirer et s'échapper en nombre, ce qui peut être dangereux.

Quels espoirs quand à l'avenir des apiculteurs ?

Le frelon asiatique ne vient que s'ajouter à une profession qui va mal. De nombreuses causes provoquent la disparition des abeilles (pesticides, remembrement agricole, varroa...). 
Nous avons des résultats prometteurs avec l'appât au jus de cirier. Il y a donc des raisons d'espérer que l'INRA trouvera un appât réellement sélectif pour le frelon asiatique, répulsif pour les autres espèces et durable dans le temps. Donc de pouvoir limiter son impact sur les ruchers et sa progression.

Une conclusion ?

De nombreux apiculteurs ne font plus confiance dans les scientifiques et dans le gouvernement suite aux nombreuses controverses sur les pesticides et les OGM. Les avis divergent sur ces sujets. 
Mais pour la lutte contre les guêpes invasives, l'on sait depuis les premières études sur le sujet dans les années 60, que le piégeage des femelles fondatrices n'apporte rien et pourrait même favoriser la prolifération de l'espèce. 
Cela s'est vérifié dans de trop nombreux cas et jamais personne n'a pu montrer que ce piégeage était efficace. 

Je suis persuadé que ces personnes pensent avoir raison, mais il faut qu'ils nous écoutent s'ils ne veulent pas avoir l'effet inverse que celui qu'ils souhaitent.

- fin de l'entretien -

Nous tenons à remercier M Quentin Rome d'avoir pris le temps de nous répondre.
Tout ce que l'on ne vous a pas dit sur le frelon asiatique

Vendredi 6 Août 2010
Emmanuel Magnon

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